L’effet Werther

Tiens, c’est (pas) marrant…

… les suicides surviennent souvent par vague. Ainsi, France Télécom eu du mal à endiguer la vague de suicides qui frappa ses salariés en 2009. Si les médias se sont attardés sur les motifs des passages à l’acte – le « management par la peur » – peu ont abordé les véritables raisons du phénomène de contagion. Et pour cause, ils en sont les principaux responsables !

Les recherches en psychologie sociale nous révèlent « qu’immédiatement après une histoire de suicide sensationnelle, le taux de suicide augmente très nettement dans les zones où la nouvelle a été largement diffusée[1]». On parle alors d’effet Werther, en référence au célèbre roman de Goethe (Les souffrances du jeune Werther), où le héros met fin à ses jours et dont le retentissement fut à l’origine d’une vague de suicides à travers l’Europe, au XIXème siècle.

Pourquoi ? En raison du pouvoir de la preuve sociale : quand nous ne savons pas quoi faire, « nous décidons du comportement à adopter en nous fondant sur les actes des autres, surtout lorsque ces autres nous paraissent semblables à nous-mêmes[2] ». Pour des personnes désemparées, l’annonce du suicide d’un de leurs pairs résonne comme un acte approprié qu’ils finissent par mettre à exécution. Les lettres des dernières victimes semblent d’ailleurs corroborer cette thèse en inscrivant explicitement le passage à l’acte dans la vague de suicides[3].

A ce titre, l’effet Werther est pris très au sérieux par l’Organisation Mondiale de la Santé. Son département de santé mentale et toxicomanies publiait ainsi en 2002 des recommandations très précises à destination des médias (extraits) [4]:

  • ne pas consacrer leur première page à un suicide ;
  • ne pas publier la lettre laissée par une personne suicidée ;
  • ne pas le réduire à une seule cause ;
  • ne pas parler d’épidémie de suicides ;
  • ne pas présenter le suicide comme une méthode employée pour trouver une solution à ses problèmes personnels ;
  • ne pas rapporter un comportement suicidaire comme une réponse compréhensible aux changements sociaux, culturels ou à une récession
  • ne pas présenter les suicidés comme des martyres.

[1] PHILLIPS D.P. (1974). « The Influence of Suggestion on Suicide: Substantive and Theoretical Implications of the Werther Effect », American Sociological Review

[2] CIALDINI R. (2004). « Influence et Manipulation : Comprendre et Maîtriser les mécanismes et les techniques de persuasion », First.

[3] http://www.lexpress.fr

[4] http://www.who.int/mental_health/media/en/626.pdf

Une réflexion sur “L’effet Werther

  1. Ci-dessous un article du monde qui recadre l’affaire France Telecom…

    Il n’y a pas de vague de suicides » à France Télécom, estime René Padieu, inspecteur général honoraire de l’Insee, président de la commission de déontologie de la société française de statistique, dans une chronique à paraître dans le quotidien La Croix.

    « En 2007, on avait pour la population d’âge d’actif (20 et 60 ans) un taux de suicide de 19,6 suicides pour 100 000 », explique-t-il. « 24 suicides en 19 mois, cela fait 15 sur une année. L’entreprise compte à peu près 100 000 employés. Conclusion : on se suicide plutôt moins à France Télécom qu’ailleurs », affirme-t-il.

    Selon lui, « ce qui fait sens ici n’est pas le chiffre lui-même, mais le fait de l’invoquer. Relevons que la révélation des suicides en cause suit la création, par un syndicat, d’un « observatoire du stress »: quand on se met à observer quelque chose, on le voit apparaître ». « On regrettera que les drames humains que sont ces suicides – peu nombreux, certes, mais bien réels – soient instrumentalisés dans l’affrontement entre une direction et ses salariés : c’est indigne », ajoute M. Padieu.

    « Croire en l’existence de quelque chose qui n’est pas constitue ce qu’en psychiatrie on appelle un délire. Ici ce n’est personne en particulier, mais le corps social qui délire : salariés, direction, ministre, syndicat, journalistes, commentateurs, vous et moi tous ensemble », ajoute-t-il. »Ce qui est dit dans ce délire n’est pas réel : c’est quand même un symptôme. Il signe quelque chose, un mal-être social », reconnaît-il.

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