Les surenchères narratives

Tiens, c’est marrant …

… nos histoires sont toujours moins étonnantes que celles des autres. Il n’y a rien de plus vexant que de raconter une anecdote originale et de se voir voler la vedette par un ami à qui il est arrivé une aventure encore plus incroyable. Vous pensiez épater la galerie en racontant que vous êtes restés bloqués deux heures dans un ascenseur… mais ce n’est rien à côté de votre ami dont la femme est restée bloquée quatre heures dans des toilettes.

La surenchère narrative participe d’un besoin de reconnaissance : « Raconter une histoire est immanquablement lié au désir d’être reconnu, apprécié, aimé » (Luc de Brabandère, philosophe et mathématicien français). Néanmoins, en cherchant à s’affirmer dans une discussion, le risque de froisser voire de rabaisser notre interlocuteur est bien réel.

Cette quête d’estime n’ayant pas de limite, certaines surenchères narratives peuvent vraiment virer au sordide. A peine avez-vous révélé que votre oncle était mort étouffé par une piqûre de guêpe, qu’un de vos amis surenchérit avec son cousin alcoolique mort étouffé dans son vomi.

Mais il y a pire que ceux qui cherchent à nous voler la vedette: ceux qui ne sont jamais surpris. On les reconnaît aisément par leur usage intempestif de l’expression « C’est le coup classique ! ».

4 réflexions sur “Les surenchères narratives

  1. Ca me fait penser, à ce propos, que moi, personnellement, il m’est arrivé un truc pas croyable… ah je crois que je l’ai déjà raconté.

    Je suis curieux de savoir quelles sont les expériences de soirée qui t’ont inspiré ce billet.

    BTW j’adore les noms de tes concepts.

  2. J’ai, j’avais un ami qui mystifiait sa vie pour qu’elle ait l’air très remplie, et si possible remplie de formidable. Pour cela, il usait de contraste : non seulement il en rajoutait sur ce qui lui arrivait (quitte par exemple à prendre 20 minutes pour vous raconter les nouvelles baskets qu’il s’était achetées), mais il nuançait tout ce qui arrivait aux autres et se montrait insensible à leurs anecdotes. Un jour, je lui ai parlé de mon oncle qui s’est suicidé. Il m’a coupé la parole précipitament pour me dire que lui aussi, avait un oncle qui était mort (sous-entendu « tu ne vas pas m’en faire voir avec ton histoire ») !

  3. Dans le même esprit, je te conseille la chanson « Tout vu. Tout lu. » de Bénabar… criant de vérité.
    Merci de ta fidélité.
    Sébastien

  4. Cette idée m’est venue lors d’une discussion avec des collègues de bureau… à la cantine.
    Tout a commencé quand l’une des personnes a commencé à raconter le quotidien de son grand père grabataire…
    ce qui provoqua une étonnante surenchère narrative chez mes collègues.
    C’est de loin mon observation préférée car on la retrouve chez tout le monde, tout le temps…
    Merci de ta fidélité ma caille.
    Sébastien

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