La récurrence des anecdotes embarrassantes

Tiens, c’est marrant…

… nos proches prennent souvent un malin plaisir à nous rappeler les anecdotes que l’on aimerait oublier. On peut, en effet, toujours compter sur eux pour partager avec la collectivité les situations embarrassantes voire humiliantes nous concernant: comme la fois où une consommation généreuse de whisky-coca vous a fait succomber aux charmes de l’opulente Maria, dont les problèmes acnéiques n’avaient d’égal que sa surcharge pondérale. Leur mémoire pour ce genre d’histoires étant sans faille, ils ne manqueront pas de nous ressortir également toutes nos paroles manquées: comme la fois où vous avez affirmé, non sans une certaine conviction, que le sperme était fabriqué dans le pancréas.

La simple évocation de ces anecdotes suffit à nous mettre de mauvaise humeur. Alors pourquoi nos chers amis s’obstinent-ils à nous les repasser en boucle? Cette question en amène une autre, bien plus profonde: pourquoi rit-on du malheur des autres ? Derrière leur aspect cocasse, désopilant, ces histoires nous rassurent sur le fait que nous sommes tous faillibles. Parfois même, le simple fait de tourner en dérision les histoires les plus tristes nous permet de dédramatiser, d’atténuer le pathos inhérent à certaines situations de la vie. Dans ce cas précis, le rire a bien un rôle cathartique[1].

En outre, rire du malheur des autres peut créer du lien social. Pour le philosophe Luc de Bradandère, la mécanique du rire implique, dans la plupart des cas, une structure triangulaire avec un public, un moqueur et une victime. Au cœur de ce système, l’histoire drôle jouerait un rôle de cohésion interne voire de norme et de repère. [2] Aussi, dans certaines tribus, le fait de placer une personne au milieu du peuple et de rire d’elle constitue le châtiment ultime. Encore une preuve de la saisissante ressemblance entre les sociétés modernes et primitives.


[1]Le Petit Robert : [philos.] Selon Aristote, effet de « purgation des passions » chez les spectateurs d’une représentation dramatique. [psychan.] Réaction de libération d’affects longtemps refoulés dans le subconscient et responsable d’un traumatisme psychique.

[2] DE BRADANDERE L. (2009). « Petite philosophie des histoires drôles », Eyrolles.

3 réflexions sur “La récurrence des anecdotes embarrassantes

  1. Si cela créé du lien social, je continuerai alors de te parler de cette fameuse soirée de nouvel an. Tu sais, celle où toi et… (rire grinçant).

  2. C’est moi ou c’est pas la première fois que tu publies un article sur les anecdotes embarrassantes…?
    Il me semble avoir déja vu cette référence au pancréas sur ce blog; à croire que tu y tiens beaucoup🙂

  3. Effectivement, il s’agit d’une mise à jour de cet article écrit il y a deux ans et enrichi de récentes lectures. N’ayons pas peur des mots… mes articles sont évolutifs!

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