Le malaise des retrouvailles dans les lieux publics

Tiens, c’est marrant…

… dans la rue, on accorde peu de temps aux gens que l’on n’a pas vu depuis longtemps. Le contexte joue ici un rôle prépondérant sur notre comportement. La rencontre inattendue d’une veille connaissance sera vécue différemment selon qu’elle intervient dans un lieu public ou dans un lieu privé. Si les retrouvailles se font chez des amis communs, nous prendrons le temps de renouer le contact car nous étions prédisposés à ce type de rencontre. Une soirée, un club ou une association sont des lieux privilégiés pour sociabiliser. On sait qu’il n’en est pas de même si les retrouvailles se font dans un magasin, un restaurant ou au coin d’une rue.

Une rapide analyse nous révèle toute la duplicité de la nature humaine dans ce type de situation. Il est 18h45, vous êtes parti plus tôt du bureau pour aller chercher un vêtement au pressing. Vous hâtez le pas car ce dernier ferme à 19h pile. A la sortie du métro, vous tombez sur Mathieu. A une phase d’étonnement succède une phase affective : selon l’estime portée à votre ancien camarade de classe, vous serez plus ou moins heureux d’avoir croisé sa route. Arrive ensuite la phase informative et son immanquable question : « Alors qu’est-ce que tu deviens ? ». Après avoir raconté les vingt dernières années de votre vie avec une improbable concision, le pressing vous revient à l’esprit. C’est à ce moment précis que le malaise commence à apparaître : comment clore la conversation sans froisser les susceptibilités ? Une fois  l’urgence teinturière signifiée, les plus civilisés d’entre nous prendront la peine d’échanger leur numéro de téléphone. Quant aux autres, ils se contenteront d’un optimiste « Bon, et bien à bientôt ! ».

Si présentement nous avons une bonne raison d’écourter la rencontre, il n’en est pas toujours ainsi. Parfois, nous pourrions très bien prolonger la discussion à la terrasse d’un café.  Etrangement, nous nous rappelons alors toutes ces choses plus importantes à faire (comme acheter un cadeau pour l’anniversaire de votre grand oncle, qui est quand même dans… trois mois). Néanmoins, ce petit malaise inhérent aux retrouvailles imprévues est parfois supplanté par un autre, bien plus profond : celui de ne pas reconnaître la personne qui vous a interpellé. Dès lors, qu’il s’agisse d’un lieu public ou d’un lieu privé, notre sentiment est toujours le même : un subtile mélange d’embarras et de détresse.

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