L’avocat du diable

Tiens, c’est marrant…

… rien n’est plus stérile qu’une personne qui nous dit: « Je ne veux pas me faire l’avocat du diable mais… ». Longtemps synonyme de défenseur des causes indéfendables, l’avocat du diable est aussi un redoutable critiqueur d’idée. Par là-même, il se rapproche de sa fonction historique. Etabli en 1587 par l’Église catholique romaine, l’advocatus diaboli était chargé d’argumenter contre la canonisation d’un candidat. Sa suppression, en 1983, accéléra la canonisation de plus de 500 personnes.

Rejeté par l’Eglise, l’avocat du Diable se réfugia dans les entreprises. Tapi dans les salles de réunions, il guette la moindre idée à remettre en question. Ne proposant aucune alternative, c’est pourtant une forme de contestation socialement acceptée. Pourquoi ? Parce que celui qui se fait l’avocat du Diable, sous-entend sournoisement ne pas être l’émetteur direct de la critique. Le Diable c’est un autre : un client ou un supérieur hiérarchique dont on se fait le porte-parole.

Les amateurs d’idées nouvelles y voient, à juste titre, une force qui inhibe la créativité. Aussi est-il urgent de bannir ce procédé pour lui substituer une forme de critique plus constructive où chaque remarque est accompagnée d’une alternative visant à renforcer l’idée, et non à la tuer. “In your next meeting, ban the Devil’s Advocate and invite the Angel’s Advocate instead” (Tom Fishburne).

Une réflexion sur “L’avocat du diable

  1. Les meetings sans critique existent! Les brainstorms! La créativité en jaillira, c’est certain, mais à quel prix, et est-ce vraiment ce qui est recherché?
    Quand on ne sait pas bien ce que l’on cherche, et qu’on ne veut pas blesser son interlocuteur par le jugement de son idée, on brainstorme! Le résultat sera un peu bordélique et parfois inexploitable, mais créatif il sera.

    Il y a aussi des réunions où la critique est pertinente et utile, pour guider la réflexion, quitte à la contraindre. Dans ces réunions là, si les gens se cachent derrière la figure du diable c’est également parce qu’ils transmettent un message. Un cahier des charges, une demande d’un client, une impossibilité technique, un coùt d’implantation trop élevé…
    Ça ne signifie pas que l’idée exposée est crétine, ou que la critique est personelle, au contraire.

    Cessez donc de prendre mal les critiques (sinon la prochaine étape sera « tu es mal placé pour faire telle critique » ou bien « fais le, déjà, avant de critiquer » et autres défenses malhabiles), surtout lorsqu’elles sont clairement estampillées « avocat du diable ». Oubliez la personne, écoutez le propos.

    Un bon article étudiant le déclin du tout-brainstorm: http://www.newyorker.com/reporting/2012/01/30/120130fa_fact_lehrer

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