Le Franglais

Tiens, c’est marrant…

… on préfère dire « il est black » que « il est noir ».  L’hégémonie exercée par l’anglais ne date pas d’hier. Déjà en 1964, le linguiste René Etiemble dénonçait cet avatar de la mondialisation de l’économie et de l’uniformisation des cultures[1]. Science, tourisme, finance, communication … rares sont les secteurs qui en sont épargnés. L’univers de la mode étant peut être le plus touché. En mai dernier, le Journal de Montréal passait au crible les dérives de langage du magazine Elle[2]. Dans un texte sur deux on y trouve des phrases complètes en anglais – « God save the chic » « Who’s bad ? » « My Taylor is new » « Shop in the USA », etc. – sans parler des nombreuses expressions anglophones qui ponctuent les articles – un pantalon « fitté », un sac à dos « so geek », une crème « goldy », etc.

La langue de Molière pourrait-elle s’affranchir de celle de Shakespeare? Rien n’est moins sûr, tant son usage semble profondément ancré dans notre culture[3]. Aujourd’hui, on parle franglais parce qu’on n’a pas le choix – « Ce week-end j’ai joué au football » – parce que ça fait plus pro – « Vous a-t-on briefé sur le management des process? » – parce que ça fait branché – « Les nouvelles Paule Ka c’est le must have des happy fews » – mais aussi, et c’est nouveau, à titre d’euphémisme – « Pas mal le black de l’accueil« . Il serait par ailleurs difficile de faire l’impasse sur les faux anglicismes tels que  « finger in the nose » ou « in the pocket » qui n’ont absolument pas le sens figuré qu’on leur prête chez nos cousins anglo-saxons.

Toutefois, ce débarquement langagier est loin d’être achevé. Nombreuses sont les expressions qui restent encore bloquées Outre-Manche. Parmi les plus croustillantes, nous pouvons citer le « muffin top« , subtile métaphore culinaire qui caractérise les ventres un peu bedonnant dépassant des pantalons. Ou encore la « bunny boiler« , amoureuse obsessionnelle voire violente à l’image de Glenn Close qui, dans Liaison Fatale, fit bouillir le lapin de la fille de son amant en signe de vengeance. Enfin, pourrait-on conclure ce voyage linguistique  sans parler de l’improbable « camel toe« , à découvrir dans la vidéo ci-dessous.

2 réflexions sur “Le Franglais

  1. Hors sujet! Ou publicité mensongere! Avec un teaser comme « on prefere dire il est black que il est noir » ton article doit porter sur les prejuges racistes que recouvre l’emploi du terme noir par un blanc. La soi disante « coolitude » du terme black, ne fait que pointer du doigt une forme de gene a analyser dans les details.
    Ce qui ne te dispense pas d’ecrire un autre article sur les pourquoi du comment du camel toe.

  2. Hello Romain,
    Ce n’est pas au litteraire que tu es que je vais apprendre qu’une même amorce peut conduire à différentes analyses. L’expression « il est black » est traitée ici comme le dernier avatar de l’hegemonie de l’anglais. Toutefois, tu as raison, j’ai longuement hesité a analyser l’euphemisme ethnique qu’elle recèle. J’ai finalement abandonné car j’ai dejà ecrit un article sur les préjugès raciaux et je ne souhaite pas que mon blog se transforme en tribune.
    Je t’embrasse

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