L’irréductible taxi parisien

Tiens, c’est marrant…

… dans les taxis parisiens le roi ce n’est pas le client. Dans la capitale, personne n’est plus courageux qu’un chauffeur de taxi. Tel un irréductible Gaulois, il résiste contre cet envahisseur des temps modernes: LE client. Malheureusement sans client pas d’argent. Ce dernier est donc toléré à défaut d’être accueilli. Arrêtons-nous un instant sur les us et coutumes de cette espèce mal comprise qu’est le chauffeur de taxi parisien.

A Paris, le chauffeur de taxi est maitre en sa demeure. Ses passagers sont triés sur le volet. Une femme enceinte, un homme trop bronzé, une destination suspecte … son jugement est sans appel. Et c’est bien légitime: laisseriez-vous rentrer n’importe qui dans votre bureau? En termes d’ambiance, il aime conduire à l’écoute d’une musique rythmée dont le volume saura le maintenir éveillé… histoire de lier l’utile à l’agréable. Maitre en sa demeure, il est également maitre de sa route. D’où une conduite énergique et engagée voire audacieuse.

A Paris, le chauffeur de taxi est d’une nature extravertie. Il apprécie raconter les détails de sa vie personnelle et ne cache rien de ses conversations téléphoniques. Sportif dans l’âme, il partage régulièrement son amour du football via une critique passionnée des rencontres radiodiffusées. Mais plus que tout, le chauffeur de taxi est un homme de débats. En bon citoyen il met un point d’honneur à confronter ses opinions avec les occupants de son véhicule. Son sujet de prédilection: l’évolution des flux migratoires en zone péri-urbaine. Il n’est d’ailleurs pas rare que cette confrontation se prolonge avec les autres automobilistes, plus particulièrement sur des questions d’interprétation du code de la route.

A Paris, le chauffeur de taxi n’a pas la notion du temps. Les nombreuses heures passées au volant de sa voiture ne sont pas sans conséquence sur sa perception du jour et de la nuit, de la semaine et du week-end. Ce phénomène physiologique impacte inévitablement sa politique tarifaire.

A Paris, le chauffeur de taxi n’est pas fan des nouvelles technologies. Il reste par exemple très attaché à la monnaie papier et fuit les cartes bleues, jugées trop impersonnelles. Quant au GPS, il ne s’en sert qu’en ultime recours pour rallier des destinations exotiques telles que Saint-Ouen ou Issy-Les-Moulineaux.

Décrié par la collectivité, accusé d’impolitesse[1] et même d’escroquerie[2], le taxi parisien est avant tout victime de l’incompréhension de la société de consommation. Une société dont l’exigence exacerbée ne laisse aucune place à l’approximation et la spontanéité. Et du mépris à l’infidélité il n’y a qu’un pas. La maitresse se nomme VTC, pour véhicules de tourisme avec chauffeur. Incontournable dans les médias, cette alternative permet à un particulier de conduire d’autres particuliers au volant de son propre véhicule. Cette forme de covoiturage est rendu possible grâce à des applications mobiles dédiées – Uber étant la plus en vue – qui assurent la mise en relation, le paiement en ligne, la géo localisation du véhicule ainsi que la mise à disposition d’une bouteille d’eau une fois à bord[3]. De quoi reléguer nos bons vieux taxis, ces artisans de la mobilité urbaine, au rang d’espèce menacée et peut-être même en voie de disparition.

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